Ni brebis galeuses, ni pommes pourries : le racisme est le cœur battant du maintien de l’ordre, de l’État et de la police nationale ou municipale


L’indignation médiatico-politique tourne une fois de plus à plein régime. Une vidéo fuite, révélant la puanteur des propos tenus par des policiers municipaux de Carcassonne : insultes négrophobes et arabophobes d’une violence crue, relents misogynes, fantasmes putschistes. Et pour couronner le tout, le profil de l’un d'eux : adhérent au Rassemblement national, membre de son service d’ordre, chargé d’assurer la sécurité des têtes d’affiche du parti jusque lors de la venue de Jordan Bardella.
La réaction de l'appareil étatique et partidaire est une comédie rodée. Le RN exclut l’individu en évoquant une nouvelle « brebis galeuse », le ministre de l'Intérieur ordonne des contrôles, la mairie lepéniste feint le dégoût. Tous s’empressent de circonscrire l’incendie en pointant du doigt la « dérive individuelle » pour mieux protéger le système qui la produit.
Le mensonge de l’« infiltration »
Les commentateurs bourgeois s’interrogent : le RN pèche-t-il par naïveté ou par cynisme ? La question est faussée. Le RN ne s’est pas fait « infiltrer » par des racistes, de même que la police ne souffre pas d'une contamination extérieure. L’idéologie d'extrême droite et l'institution policière partagent la même matrice. Le racisme n’est pas un accident de parcours : il fait partie intégrante de l’ADN de la police, qu’elle soit municipale ou nationale, et de l’État lui-même.
Quand un agent assermenté traite un être humain de « bicot » ou de « nègre », il n’exprime pas un dérapage isolé ; il exprime sans filtre la fonction profonde de sa charge. La police n'est pas un service public neutre gâché par quelques individus malveillants. Elle est le bras armé d'un État qui trie, contrôle, enferme et sépare. Le racisme y sert d'outil structurel : il divise les classes populaires, dresse les opprimés les uns contre les autres et justifie la surveillance permanente des quartiers populaires.
L’illusion du « ménage » institutionnel
Suspensions administratives, commissions de discipline, condamnations de façade… Le pouvoir prétend réagir. Mais suspendre un agent après une fuite dans la presse n’est pas un acte de justice, c’est une stratégie de gestion de crise. On sacrifie un fusible pour préserver l’installation.
L’État et les partis de gouvernement, RN en tête, ont besoin du racisme. L’extrême droite en fait son fonds de commerce électoral en désignant des boucs émissaires aux travailleurs précarisés ; la bourgeoisie libérale s’en sert pour maintenir l'ordre social et justifier un arsenal sécuritaire toujours plus répressif. Le discours sur la « submersion migratoire » ou la « préférence nationale » n'est pas une simple opinion : c'est le carburant idéologique de la violence policière du quotidien.
Au-delà de la farce électorale
Que Marine Le Pen ou n'importe quel autre gérant de la machine d'État accède au pouvoir, l'illusion républicaine d'une « police irréprochable » s'effondre face à la réalité du terrain. Attendre que les tribunaux, les ministres ou les états-majors politiques « fassent le ménage », c'est accepter que le balai soit tenu par ceux-là mêmes qui fabriquent la saleté.
Il n’y a rien à réformer dans une institution conçue pour la domination. Face à la barbarie en uniforme et à la lèpre fasciste qui s'épanouissent sous la protection du badge, la seule réponse n'est ni le bulletin de vote ni la comédie des conseils de discipline : c'est l'autodéfense populaire, la solidarité de classe sans frontières et le démantèlement pur et simple de l'appareil sécuritaire.



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