L’illusion de la rupture : pourquoi La France Insoumise est un parti social-démocrate et patriotique
- Contre-Courant

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Du matin au soir, la litanie médiatique martèle la même rengaine. Journalistes du service public, éditorialistes des chaînes privées, politiciens de droite classique et porte-flingues du Rassemblement National s'égosillent à qualifier La France Insoumise d'« extrême gauche ». Cette surenchère verbale arrange tout le monde : la droite et l'extrême droite s'inventent un épouvantail commode pour effrayer le bourgeois, tandis que LFI se drape dans le costume flatteur du grand méchant subversif. Mais pour quiconque analyse les faits à la lumière de l'anarchisme et de la critique, la réalité saute aux yeux : LFI n'a rien de révolutionnaire. Elle incarnait et incarne simplement le retour d'une vieille social-démocratie réformiste.
Le piège de l’État, du jacobinisme et de l'électoralisme
Bakounine nous l'a appris : l'État n'est pas un outil neutre que l'on pourrait mettre au service du peuple, il est l'organisation même de la domination d'une classe sur une autre. LFI ne remet jamais en cause la structure étatique ni la centralisation jacobine. Tout son projet repose au contraire sur la conquête du pouvoir par les urnes, en demandant aux masses de déléguer leur souveraineté à quelques leaders.
Le culte du chef et la verticalité de l'organisation reproduisent fidèlement les mécanismes de l'autorité bourgeoise.
L'illusion du bulletin de vote détourne les travailleurs des véritables luttes autonomes et de l'action directe.
La promesse d'une « VIe République » n'est qu'un ravalement de façade institutionnel pour consolider le pouvoir étatique et la bourgeoisie sous une nouvelle forme.
Le poison du patriotisme et du souverainisme de gauche
Pour un anarchiste internationaliste, le repli identitaire et le culte de la patrie sont des chaînes invisibles qui lient le prolétaire à ses propres oppresseurs. Bakounine a démontré que le patriotisme étatique sert toujours à masquer la guerre des classes. LFI ravive pourtant sans vergogne ce venin nationaliste sous le couvert du « souverainisme » et du « patriotisme économique », c'est à gerber.
Agiter le drapeau tricolore et chanter la Marseillaise dans les rassemblements substitue le chauvinisme républicain à la solidarité internationale des travailleurs.
Prôner le protectionnisme national revient à diviser la classe ouvrière mondiale en opposant les travailleurs d'ici à ceux d'ailleurs.
Défendre la « souveraineté de la France » face aux instances internationales nourrit le mythe d'un État-nation bienveillant, oubliant que toute patrie étatique repose sur l'oppression interne.
Gérer le capitalisme au lieu de l'abolir
Derrière les accents tribunitiens et la rhétorique de la « radicalité », le programme insoumis ne vise à aucun moment la destruction du salariat ou la socialisation des moyens de production. Il s'agit d'un projet de régulation du capitalisme, rien de plus.
Le programme prône une meilleure redistribution des richesses par l'impôt, mais laisse intacte la propriété privée des usines, des terres et des entreprises.
En voulant humaniser le marché et réguler la finance, LFI cherche à sauver le système contre ses propres excès plutôt qu'à l'anéantir.
Faire croire que l'on peut domestiquer le capital par la loi est une mystification qui entretient la dépendance de la classe ouvrière face au patronat.
L'éternel renoncement du réformisme
En s'enfermant dans le cadre légaliste de la démocratie représentative et du cadre national, LFI condamne toute possibilité de transformation sociale réelle. L'histoire a montré à maintes reprises que la social-démocratie finit toujours par capituler dès qu'elle touche aux intérêts des possédants.
L'action parlementaire étouffe la créativité révolutionnaire et transforme les militants en simples électeurs passifs.
La recherche du compromis institutionnel mène inévitablement à la gestion de la misère et à la trahison des aspirations populaires.
La véritable émancipation ne viendra jamais d'un décret, d'un drapeau national ni d'un gouvernement d'Union de la gauche, mais de l'auto-organisation, de la grève générale et de l'abolition simultanée des frontières, du Capital et de l'État.



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