top of page
Contre-Courant-logo

Journal de lutte et d'alternative anarchiste

« Refus d'obtempérer » : aux sources du permis de tuer et du dressage social

  • Photo du rédacteur: Contre-Courant
    Contre-Courant
  • 30 juil.
  • 3 min de lecture


I. Du mot d'ordre au permis de tirer : la mécanique du dressage


« Le pouvoir corrompt le cœur de celui qui l'exerce, et la soumission avilit l'esprit de celui qui le subit. »

Mikhaïl Bakounine


Dans la bouche des agents de l'État et des médias aux ordres, la formule « refus d'obtempérer » est devenue le sésame sémantique qui blanchit d'avance l'exécution sommaire. Ce terme administratif dissimule une réalité brutale : la transformation d'une simple infraction au Code de la route ou d'une réticence face au contrôle en un crime d'amajesté passible de la peine de mort sans procès.


Pour la doctrine anarchiste, l'État ne protège pas les individus ; il protège son monopole de la violence légitime. Exiger l'obéissance aveugle à la moindre injonction en uniforme relève d'une logique de servitude. Refuser de s'arrêter face à une patrouille n'est pas un acte d'agression, mais fréquemment un réflexe de survie face à une institution perçue à juste titre comme une menace permanente par la jeunesse et les classes populaires.


Transformer ce refus en justification de la force armée révèle la vraie nature du maintien de l'ordre : dresser la population par la terreur.


II. L'escalade législative et le bilan du sang


« La police est l'organe par lequel le gouvernement exerce son autorité et fait respecter l'exploitation de l'homme par l'homme. »

Errico Malatesta


L'augmentation spectaculaire des tueries policières ne relève pas de la coïncidence mais d'une construction juridique délibérée. Le point de bascule réside dans la loi du 28 février 2017, créant l'article L. 435-1 du Code de la sécurité intérieure. En assouplissant le cadre de la légitime défense pour les policiers lors des fuites de véhicules, le pouvoir politique a offert aux forces répressives un droit d'usage des armes de fait généralisé.


Ce constat n'est pas qu'une analyse militante, il est étayé par les instances internationales de défense des droits humains :


Amnesty International: Dans ses rapports récents et ses déclarations sur le sujet, l'organisation pointe l'effet mortifère de ces réformes législatives. Amnesty dénonce une dérive qui consacre un véritable « permis de tuer » et s'oppose fermement aux projets d'instauration d'une « présomption de légitime défense », estimant qu'elle entérinerait l'impunité quasi totale des tirs policiers.


Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme (OHCHR): À la suite de la mort de jeunes conducteurs tués lors de tirs après refus d'obtempérer, le porte-parolat de l'ONU a sommé la France de s'attaquer aux « problèmes profonds de racisme et de discrimination systémique » au sein des forces de l'ordre, rappelant que le recours à la force doit strictement respecter les principes de nécessité et de proportionnalité.


Les chiffres confirment cette saignée : le nombre de personnes tuées par balles dans leur véhicule lors de contrôles s'est multiplié depuis 2017. Chaque loi dite de « sécurité globale » ou de renforcement des pouvoirs de la police vient ajouter une pierre à cet édifice autoritaire.


III. Abolir le contrôle, refuser la soumission


« La liberté de chacun n'est pas une limite mais la condition de la liberté de tous. »

Élisée Reclus


L'usage systématique de la notion de « refus d'obtempérer » ne vise qu'à inverser la culpabilité : le mort devient le responsable de sa propre exécution pour n'avoir pas obéi assez vite. Face à cette dérive où la vie humaine pèse moins l'obligation de se soumettre, la réponse ne réside pas dans de vagues réformes administratives du contrôle interne.


L'Anarchie rappelle que l'autorité n'a de pouvoir que celui qu'on lui donne. Tant que la légitimité de l'État à contrôler, traquer et armer des milices au-dessus des lois ne sera pas brisée, les lois continueront d'élargir le champ du tir à vue et la litanie des victimes ne fera que s'allonger.


Ce n'est pas le comportement du citoyen qu'il faut réformer, c'est la structure même du monopole de la violence d'État et du capitalisme qu'il faut détruire. 

 
 
 

Commentaires


bottom of page